Chronique LETTRE DU VATICAN. Le pape a reçu jeudi 15 février
un groupe d’artistes français. Chaque samedi, l’envoyé spécial
permanent de La Croix au Vatican vous dévoile les coulisses du
plus petit État du monde.
Qui se souvient de la parution de l’album d’Hugues Aufray Adieu
monsieur le professeur, paru en 1968 ? Cinquante-six ans plus
tard, le personnage de l’une des chansons les plus connues du
répertoire français a rencontré le pape. Jeudi 15 février, le « petit
âne gris » a fait son entrée dans la bibliothèque du Palais
apostolique, avec le patriarche de la chanson française. Invité
par le groupe de la « Diaconie de la beauté », Hugues Aufray, 94
ans, a interprété sa fameuse chanson, guitare à la main.
Éternelle tignasse blanchie, en veste et pull noir, il a ressuscité le
petit âne gris qui meurt à la fin de la chanson : « Enfants
inconsolables de grâce ne pleurez plus/Dans une modeste étable
votre âne est revenu/En cette nuit de Noël vénérer l’enfant-
nu/Réchauffer dans sa crèche le tout petit Jésus/Réchauffer dans
sa crèche le tout petit Jésus. » Une suite composée il y a dix ans, «
pour les enfants ».« Un geste christique », avait-il osé, interrogé par
Ouest-France en 2020, en commentant cet ajout tardif. À l’autre
bout de la salle, le pape a écouté, attentif, debout près de son
fauteuil, semblant attendri.
François pensait-il, en écoutant Hugues Aufray, au discours qu’il
prononcerait quelques minutes plus tard ? « La vie d’un artiste est
souvent remplie de solitude, de dépression, de grande souffrance
intérieure », reconnaîtra-t-il ainsi. Des propos qui font penser à
d’autres mots, prononcés par l’homme en blanc à la mi-janvier,
dans une émission de télévision. « À l’heure de prendre des
décisions, il y a un prix de solitude que tu dois payer », avait-il dit.
Une solitude qui n’est donc pas seulement de l’artiste, mais aussi
le propre du pouvoir. La solitude d’un pape.